La Côte d’Ivoire franchit un cap historique. D’ici 2027, le pays disposera de son tout premier datacenter national public, une infrastructure stratégique qui va transformer en profondeur la souveraineté numérique ivoirienne. Financé par les États-Unis, conçu aux standards internationaux les plus élevés, ce projet colossal place Abidjan sur la carte des grandes nations numériques africaines.
Un projet historique à Grand-Bassam
C’est au cœur du Village des technologies de l’information et de la biotechnologie (VITIB) à Grand-Bassam que sera érigée cette infrastructure d’exception. Selon des informations rapportées par l’agence Bloomberg, la Côte d’Ivoire prévoit de mettre en service ce premier datacenter national public d’ici 2027.
L’objectif est clair et ambitieux : centraliser, moderniser et sécuriser l’ensemble des données de l’administration publique ivoirienne, tout en réduisant drastiquement la dépendance du pays envers des serveurs hébergés à l’étranger.
39 milliards de FCFA et le soutien stratégique des États-Unis
Ce chantier titanesque ne se construit pas seul. Il bénéficie du soutien financier de la Banque d’import-export des États-Unis (US EXIM Bank), qui accorde une garantie globale de 170 millions USD à la société technologique Cybastion, chargée de la réalisation du site.
Sur cette enveloppe globale, environ 66 millions USD, soit plus de 39 milliards de FCFA, sont directement attribués à la construction de ce complexe informatique national.
L’importance stratégique du dossier a d’ailleurs été réaffirmée au plus haut niveau diplomatique lors de la visite officielle à Abidjan du secrétaire d’État américain aux affaires étrangères, Frank Garcia, les 15 et 16 juillet 2026. Un signal fort qui illustre l’intérêt géopolitique que représente ce projet pour Washington comme pour Abidjan.
Une infrastructure aux standards internationaux les plus élevés
Sur le plan technique, ce datacenter ne sera pas une infrastructure ordinaire. Conçu pour répondre aux exigences internationales les plus strictes, il vise une certification de niveau Tier III ou supérieur, gage de fiabilité et de continuité de service.
Voici ce que renfermera cette forteresse numérique :
⚡ 3 mégawatts de puissance électrique totale installée, dont 1,73 MW dédiés aux équipements informatiques.
🖥️ 228 baies informatiques — ces armoires sécurisées spécialement aménagées pour recevoir les serveurs les plus puissants.
💾 10 pétaoctets de capacité de stockage, soit l’équivalent de plus de 10 millions de gigaoctets. De quoi stocker des décennies de données administratives en toute sécurité.
Bien plus qu’un simple serveur : un outil de souveraineté
Ce datacenter ne se limitera pas à stocker des fichiers. Il permettra à l’État ivoirien de :
Proposer des services informatiques dématérialisés à grande échelle, louer des espaces d’hébergement sécurisés aux ministères et institutions publiques, fournir des connexions haut débit réservées aux administrations, héberger les applications d’entreprises publiques et privées locales, et assurer la protection des fichiers administratifs confidentiels contre les cyberattaques.
En clair, la Côte d’Ivoire cessera de confier ses données les plus sensibles à des serveurs étrangers. Elle reprend le contrôle.
Un maillon d’un programme numérique bien plus vaste
Ce datacenter ne s’inscrit pas dans le vide. Il fait partie d’un programme informatique gouvernemental ambitieux comprenant une plateforme numérique unifiée pour les démarches citoyennes et un dispositif intelligent de contrôle des frontières.
L’ensemble s’intègre dans le cadre du Plan national de développement 2026-2030, doté d’un budget global de 209 milliards USD, qui place le numérique au cœur de la transition du pays vers le statut de nation à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.
Un marché numérique ivoirien en pleine effervescence
Ce projet intervient dans un écosystème technologique local déjà dynamique. Le marché ivoirien enregistre aujourd’hui une vingtaine d’installations informatiques de ce type, qu’elles soient opérationnelles ou en chantier.
L’État et l’ANSUT gèrent actuellement cinq centres de données répartis entre la SNDI, la Présidence de la République, le VITIB, le ministère de l’Éducation nationale et ce nouveau datacenter national. Le reste du parc est aux mains du secteur privé, représenté notamment par MTN Côte d’Ivoire (4 sites), Orange Côte d’Ivoire (3 installations), VIPNET (2 centres), ainsi que MainOne, New Digital Africa, RAXIO et ST Digital.
2027 : le rendez-vous avec l’histoire numérique
Dans un continent africain où les besoins en puissance de calcul, en intelligence artificielle et en outils informatiques à distance progressent à une vitesse vertigineuse, la Côte d’Ivoire prend une longueur d’avance décisive.
2027 ne sera pas une date ordinaire pour la Côte d’Ivoire. Ce sera l’année où le pays deviendra véritablement maître de ses données, de sa mémoire numérique et de son avenir technologique.



