Le silence ne sera plus de mise. Au Mali, une centaine d’associations réunies au sein d’un puissant collectif anti-corruption haussent le ton et réclament la vérité sur la gestion financière des militaires au pouvoir. Des marchés d’armement opaques, un avion présidentiel acheté à prix d’or… Les questions s’accumulent et les comptes devront être rendus.
La « faîtière » entre en guerre contre l’opacité
Six ans après le coup d’État qui a renversé l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le collectif baptisé « la faîtière », regroupant une centaine d’associations maliennes de lutte contre la corruption et la délinquance financière, sort de sa réserve. Ces organisations civiles exigent désormais un passage au peigne fin de la gestion financière des militaires qui dirigent le pays.
Leur mot d’ordre est simple, mais radical : la vérité, toute la vérité.
Des marchés militaires hors de tout contrôle
Un responsable du réseau des associations de lutte contre la corruption tire la sonnette d’alarme sur une pratique qui dure depuis trop longtemps. « Tous les dossiers d’acquisition d’équipement et de matériel militaire échappent aux mécanismes de contrôle », dénonce-t-il.
Un constat d’autant plus préoccupant que la défense représente le premier poste budgétaire du Mali, avec la Russie comme partenaire stratégique incontournable. Des milliards de FCFA dépensés chaque année, sans que les citoyens maliens ne sachent réellement où va leur argent.
L’avion présidentiel au cœur de la polémique
Parmi les dossiers qui font grincer des dents, celui de l’avion présidentiel est particulièrement explosif. Il y a quelques mois, à la surprise générale, la junte malienne a présenté au public un nouvel avion de commandement, l’ancien appareil ayant été endommagé lors d’une attaque jihadiste sur l’aéroport militaire de Bamako en septembre 2024.
Le nouvel appareil, un Boeing 737 modernisé, aurait été acquis pour un montant de 15,6 milliards de FCFA, soit environ 23,8 millions d’euros, selon l’agence Apa News. Mais le chiffre qui interpelle davantage, c’est le décaissement net annoncé : entre 5 et 6 milliards de FCFA.
L’écart entre le prix d’achat affiché et les sommes réellement décaissées soulève une question que tout le monde se pose : où est passé le reste de l’argent ?
Un audit réclamé au Vérificateur général
Face à ces zones d’ombre, les associations maliennes anti-corruption ne comptent pas en rester là. Elles demandent officiellement au Vérificateur général d’ouvrir des enquêtes approfondies sur ces dossiers sensibles.
Trop beau pour être vrai ? C’est précisément ce que ces organisations veulent déterminer, chiffres et preuves à l’appui.
Un signal fort pour la transparence
Cette mobilisation citoyenne intervient dans un contexte où le Mali traverse une période charnière. Alors que la junte au pouvoir multiplie les discours sur la souveraineté et la refondation nationale, ces associations envoient un message clair : la refondation doit aussi passer par la transparence dans la gestion des deniers publics.
Car gouverner, ce n’est pas seulement prendre le pouvoir. C’est aussi rendre des comptes.
Source : RFI



