L’audience a glacé la salle. Au tribunal du Pôle Pénal Économique et Financier, une révélation bouleversante a plongé magistrats, avocats et observateurs dans un silence pesant : un mineur américain s’est suicidé après avoir été victime de sextorsion orchestrée par des brouteurs ivoiriens.
Face aux juges, trois jeunes prévenus comparaissent pour cybercriminalité et extorsion en ligne. Mais derrière les chiffres et les faits, c’est un drame humain qui se dessine. Le représentant du ministère public rappelle qu’en 2021, l’une des victimes — encore mineure — avait menacé de mettre fin à ses jours sous la pression des maîtres chanteurs.
La réponse d’un prévenu choque la salle : « Parfois, certaines victimes bluffent pour qu’on les laisse tranquilles. »
Puis tombe la phrase qui fige tout le monde : « Savez-vous que ce mineur s’est suicidé ? »
Le prévenu répond, froidement : « J’étais surpris d’apprendre ça. »
Aucune émotion. Aucun remords apparent.
L’enquête, déclenchée après un signalement de la justice américaine et une perquisition sur Facebook, a permis de remonter jusqu’à un réseau basé à Divo. Les suspects pensaient agir dans l’ombre. Mais les enquêteurs ont retracé leur activité numérique sans difficulté.
La présidente du tribunal enfonce le clou : « Tout ce que nous faisons sur les réseaux sociaux laisse des traces. Internet ne cache rien, et n’oublie rien. »
Le mode opératoire du réseau révèle une mécanique glaçante. Le chef présumé, qui dit pratiquer depuis 2018, raconte sans détour comment il piégeait ses victimes. Photos volées sur les réseaux, faux profils féminins, conversations séduisantes, échanges de vidéos intimes… puis le piège se refermait.
Grâce à Google Traduction, il communiquait même avec des victimes anglophones. Une fois les vidéos obtenues, venait le chantage : payer ou voir les images diffusées.
Le jeune homme avoue avoir tiré 3,5 millions de FCFA de cette activité. Argent dépensé en téléphones, vêtements et dépenses personnelles.
Choquée par tant de sang-froid, la présidente du tribunal lâche cette phrase lourde de sens :
« Vous auriez pu utiliser votre intelligence pour réussir vos études. »
Cette affaire rappelle brutalement que derrière le mot “broutage”, souvent banalisé, se cachent parfois des vies brisées… et des morts. Ce dossier pourrait marquer un tournant dans la lutte contre la cybercriminalité en Côte d’Ivoire.
Selon le journaliste Fernand Dédeh qui était présent à l’audience



