Gros bras de fer financier entre Ouagadougou et Tripoli. La Libyan Foreign Bank (LFB), banque publique libyenne, vient de porter le différend qui l’oppose au Burkina Faso devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), institution du Groupe de la Banque mondiale.
Le dossier, enregistré le 17 août 2026 sous le numéro ARB(AF)/26/3, oppose officiellement la Libyan Foreign Bank au Burkina Faso. La procédure est actuellement pendante.
⚖️ Une bataille autour de la Banque Commerciale du Burkina
Au cœur de cette affaire : la Banque Commerciale du Burkina (BCB), établissement dans lequel la Libyan Foreign Bank détenait une participation de 50 % aux côtés de la partie burkinabè.
Le gouvernement burkinabè avait décidé de mettre fin à la convention encadrant la BCB en décembre 2023, avant de procéder à la nationalisation complète de l’établissement en mai 2024. À l’époque, Ouagadougou justifiait sa décision par les difficultés rencontrées par la banque et estimait avoir fourni d’importants efforts pour soutenir son fonctionnement.
Le ministère burkinabè des Finances avait notamment affirmé que l’État avait participé à plusieurs opérations de recapitalisation et mobilisé d’importants dépôts de sociétés publiques afin de permettre à la banque de poursuivre ses activités.
🇱🇾 La Libyan Foreign Bank conteste la décision
De son côté, la banque publique libyenne rejette les accusations formulées à son encontre.
La LFB soutient avoir respecté ses engagements ainsi que les règles applicables à l’activité bancaire régionale. Dès 2024, elle avait contesté la légalité de la reprise de sa participation dans la BCB et dénoncé une violation des accords qui encadraient le partenariat.
Avec la saisine du CIRDI, le différend prend désormais une dimension judiciaire internationale.
💰 Une possible bataille financière
La procédure devra notamment déterminer si le CIRDI est compétent pour examiner le différend et, sur le fond, si les mesures prises par le Burkina Faso ont porté atteinte aux droits de l’investisseur libyen.
Une question pourrait alors devenir centrale : le Burkina Faso devra-t-il indemniser la partie libyenne pour la perte de sa participation dans la BCB ?
Pour l’heure, le montant des éventuels dommages et intérêts réclamés par la Libyan Foreign Bank n’a pas été rendu public. Aucune décision sur le fond n’a encore été rendue.
🔥 Un nouveau test pour la politique économique d’Ibrahim Traoré
Cette procédure intervient alors que le Burkina Faso affirme vouloir renforcer sa souveraineté économique et accroître le contrôle national sur des secteurs jugés stratégiques.
Pour Ouagadougou, la nationalisation de la BCB s’inscrivait dans une volonté de reprendre la maîtrise d’un établissement considéré comme important pour le financement de l’économie nationale. Pour la partie libyenne, en revanche, il s’agit d’une décision qui aurait porté atteinte à son investissement.
Une bataille juridique internationale s’ouvre donc entre Ouagadougou et Tripoli. Son issue pourrait avoir des conséquences financières, mais également envoyer un signal aux investisseurs étrangers présents au Burkina Faso.
Pour l’instant, une chose est certaine : la nationalisation de la BCB, décidée en 2024, revient au premier plan deux ans plus tard, cette fois devant l’arbitrage international.



