Le compte à rebours est lancé. Prévue pour 2027, la monnaie unique de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest — l’ECO — pourrait voir le jour… sans les huit pays de l’UEMOA. Une hypothèse qui bouleverse les équilibres économiques régionaux et soulève une question explosive : peut-on réellement bâtir l’ECO sans ceux qui partagent déjà une monnaie commune ?
Une première phase… sans l’UEMOA ?
Réunis la semaine dernière à Monrovia, au Liberia, les gouverneurs des banques centrales de douze pays de la CEDEAO ont relancé officiellement le projet. Selon le communiqué final, la première phase de mise en œuvre concernerait :
le Liberia
le Nigeria
le Ghana
la Sierra Leone
la Guinée
la Gambie
Le lancement reste conditionné au respect des critères de convergence macroéconomique et à la mise en place des structures de gouvernance.
Mais un détail frappe les observateurs : aucun des huit pays membres de l’UEMOA ne figure dans cette première vague.
L’UEMOA mise à l’écart ?
Les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine — le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo — partagent déjà le franc CFA. Cette monnaie est émise par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest et arrimée à l’euro.
Ironie du calendrier : les pays qui disposent déjà d’une union monétaire opérationnelle pourraient être absents de la phase inaugurale de la future monnaie unique régionale.
Faut-il y voir :
une stratégie graduelle de la CEDEAO ?
un désaccord technique sur les critères de convergence ?
ou un profond désalignement politique et monétaire ?
Un risque pour la crédibilité du projet ?
Le projet ECO a toujours été présenté comme l’aboutissement de l’intégration économique ouest-africaine. Mais démarrer sans l’UEMOA, qui représente une part significative de la stabilité monétaire régionale, pourrait fragiliser la perception du projet.
Plusieurs interrogations demeurent :
L’ECO sera-t-elle lancée à deux vitesses ?
Le franc CFA coexistera-t-il temporairement avec l’ECO ?
Comment harmoniser deux dynamiques monétaires parallèles ?
Si la première phase exclut les pays utilisant déjà une monnaie commune, l’objectif d’intégration totale pourrait se retrouver différé… voire complexifié.
Côte d’Ivoire : entre prudence et attente
Pour la Côte d’Ivoire, locomotive économique de l’UEMOA, l’enjeu est stratégique. Abandonner un système monétaire stable pour rejoindre une nouvelle architecture encore en construction n’est pas une décision anodine.
La CEDEAO devra donc clarifier :
le calendrier d’adhésion des pays de l’UEMOA,
le mécanisme de transition du franc CFA vers l’ECO,
et les garanties de stabilité monétaire.
Car au-delà des annonces, c’est la crédibilité de toute l’intégration régionale qui est en jeu.
Une chose est certaine : si l’ECO voit le jour sans l’UEMOA, l’Afrique de l’Ouest entrera dans une phase monétaire inédite. Et l’histoire économique de la région pourrait s’écrire… en deux temps.



