DAKAR — Le silence vaut parfois plus fort qu’un recours. Alors que le gouvernement sénégalais brandissait encore l’épée juridique pour défendre Pape Thiaw, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a choisi samedi 31 janvier une autre voie : celle de la responsabilité. Dans un communiqué lapidaire mais lourd de sens, elle annonce renoncer à tout appel contre les sanctions de la CAF — assumant jusqu’au dernier dollar d’une facture qui plombe les caisses du football sénégalais. Un choix qui divise Dakar, mais qui pourrait sauver l’âme des Lions.
La nuit de Marrakech, le poids des actes
Revenons au 18 janvier 2026. Marrakech. Temps additionnel. Un penalty controversé accordé au Maroc. Et ce geste qui fera basculer la finale : Pape Thiaw, fou de rage, ordonnant à ses joueurs de quitter le terrain. Iliman Ndiaye criant « corrompu ! » à l’arbitre. Ismaïla Sarr bousculant l’homme en noir. Les tribunes sénégalaises en ébullition. Une défaite sportive transformée en déroute disciplinaire.
Résultat : la CAF frappe fort.
→ Pape Thiaw : 5 matchs de suspension + 100 000 USD d’amende
→ Iliman Ndiaye & Ismaïla Sarr : 2 matchs chacun
→ FSF : 300 000 USD pour les supporters, 300 000 USD pour les propos du président Abdoulaye Fall contre la CAF, 15 000 USD pour les cartons jaunes
→ Total : 715 000 dollars — soit plus de 430 millions de FCFA à sortir des caisses déjà fragiles.
→ Pape Thiaw : 5 matchs de suspension + 100 000 USD d’amende
→ Iliman Ndiaye & Ismaïla Sarr : 2 matchs chacun
→ FSF : 300 000 USD pour les supporters, 300 000 USD pour les propos du président Abdoulaye Fall contre la CAF, 15 000 USD pour les cartons jaunes
→ Total : 715 000 dollars — soit plus de 430 millions de FCFA à sortir des caisses déjà fragiles.
Gouvernement contre Fédération : la fracture dakaroise
Ici commence le drame politique. Mercredi dernier, le gouvernement sénégalais, par la voix du ministère des Sports, annonçait vouloir « contester vigoureusement » la suspension de Thiaw — jugeant la sanction « disproportionnée ». Une ingérence étatique classique dans le football africain… mais qui heurte de plein fouet l’autonomie fédérale.
Samedi, la FSF répond par un camouflet diplomatique : « Après analyse de ladite décision, la FSF a notifié à l’instance continentale sa volonté de ne pas interjeter appel ». Pas de débat. Pas de bras de fer. Juste une phrase qui claque comme un drapeau qu’on replie après la bataille : « Nous assumons l’entière responsabilité financière. »
Derrière ce communiqué sobre se cache un calcul stratégique : éviter un bras de fer perdu d’avance avec la CAF, préserver les relations avec l’instance continentale, et surtout… tourner la page avant les éliminatoires de la Coupe du monde 2026. Car chaque jour passé en appel est un jour de moins pour reconstruire.
Pourquoi renoncer ? La dignité comme ultime parade
Renoncer n’est pas capituler. C’est choisir ses combats. En refusant l’appel, la FSF évite trois pièges :
1️⃣ Le piège judiciaire : La CAF, déjà irritée par les déclarations du président Fall, aurait pu aggraver les sanctions en cas de recours perçu comme provocateur.
2️⃣ Le piège médiatique : Prolonger le feuilleton aurait entaché durablement l’image du Sénégal — champion d’Afrique en titre, désormais perçu comme « mauvais perdant ».
3️⃣ Le piège sportif : Un appel traînant jusqu’en mars aurait plombé la préparation des prochains matches des Lions.
2️⃣ Le piège médiatique : Prolonger le feuilleton aurait entaché durablement l’image du Sénégal — champion d’Afrique en titre, désormais perçu comme « mauvais perdant ».
3️⃣ Le piège sportif : Un appel traînant jusqu’en mars aurait plombé la préparation des prochains matches des Lions.
« Parfois, la grandeur se mesure à la capacité à encaisser un revers sans se déshumaniser », confie un dirigeant sous couvert d’anonymat. « On a perdu un match. Pas notre honneur. »
715 000 dollars : Qui paiera ?
La question brûle les lèvres à Dakar : comment la FSF — dont le budget annuel tourne autour de 5 milliards de FCFA — va-t-elle solder cette facture ? Le communiqué est clair : « L’association assume l’entière responsabilité financière. » Pas de fonds publics. Pas de sponsors forcés. Juste une fédération qui serre les dents.
Mais dans les coulisses, les tractations ont déjà commencé. Des partenaires historiques comme Orange ou TotalEnergies pourraient être sollicités. Le gouvernement, malgré son désaccord sur l’appel, pourrait discrètement alléger la pression via des subventions déguisées. Car personne ne veut voir les Lions pénalisés sur le terrain pour des dettes administratives.
Et maintenant ?
Pape Thiaw manquera les deux premiers matches des éliminatoires de la Coupe du monde. Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr purgeront leur suspension en mars. Mais le vrai défi commence maintenant : comment reconstruire une équipe meurtrie, divisée entre ceux qui ont quitté le terrain et ceux qui sont restés ?
La décision de la FSF n’est pas un aveu de faiblesse. C’est un pari risqué sur l’avenir : celui d’un football sénégalais qui préfère regarder devant plutôt que de ruminer une nuit marocaine qui, quoi qu’il arrive, ne reviendra jamais.
Les Lions ont perdu une finale. Mais en choisissant l’humilité face à la tempête, ils viennent peut-être de sauver leur âme.



