Sous-titre : L’audience au Pôle Pénal Économique et Financier a révélé un système de détournement sophistiqué ayant duré cinq ans, impliquant plusieurs prévenus pour blanchiment.
Abidjan, le 4 février 2026 – Un scandale financier d’une ampleur rare vient d’éclater au grand jour devant la justice ivoirienne. La Société Générale de Côte d’Ivoire (SGCI) est au cœur d’une affaire de détournement présumé de 1,6 milliard de francs CFA (environ 2,4 millions d’euros), portée mardi dernier devant le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF). L’affaire, révélée par des sources concordantes, met en lumière un système de fraude interne qui aurait prospéré pendant cinq ans avant d’être découvert.
Le mécanisme de la fraude : une faille exploitée en cascade
Selon les informations dévoilées à l’audience, le scandale trouve son origine dans les agissements d’une ancienne agente de la banque. Celle-ci aurait méthodiquement « siphonné » les comptes de l’établissement pour enrichir son entourage proche. Les fonds détournés – 196 millions FCFA – ont atterri sur le compte de son compagnon, tandis qu’une autre somme de 127 millions FCFA a été virée à celui d’un ami.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. La faille de contrôle interne, une fois ouverte, n’a jamais été colmatée. Le successeur de l’ex-agente à son poste clé de superviseur aurait, à son tour, « profité de la faille pour se servir ». Cette succession dans la malversation explique en partie l’ampleur colossale des sommes disparues et la durée exceptionnelle de l’escroquerie.
La découverte et la traque judiciaire
C’est lors d’un contrôle de routine en 2024 que l’édifice frauduleux a commencé à trembler. Les services de la banque ont alors découvert une série de transferts frauduleux inexpliqués. À la barre du PPEF, le représentant de la SGCI a lancé une révélation-choc : « Nous avons 1,6 milliards FCFA disparus de notre compte de contrôle interne ». Cette déclaration a officialisé l’une des plus grosses affaires de fraude bancaire interne portée devant la justice ivoirienne récente.
Face à l’ampleur des préjudices, la réponse judiciaire s’est organisée. L’ex-gérante et son compagnon sont aujourd’hui formellement poursuivis pour abus de confiance portant sur la somme précise de 1.600.208.070 FCFA. Autour d’eux, un réseau présumé de complices est dans le collimateur de la justice. Sept autres prévenus comparaissent dans la même affaire, non plus pour le détournement initial, mais pour des faits distincts de blanchiment de capitaux, suggérant une tentative de dissimulation complexe des fonds volés.
Une affaire qui interroge les contrôles internes
Au-delà de l’aspect pénal, cette affaire pose de graves questions sur les mécanismes de contrôle et de supervision au sein des établissements financiers. Comment un tel système a-t-il pu fonctionner aussi longtemps sans être détecté ? La succession des fraudes par deux employés différents suggère une vulnérabilité systémique que la SGCI devra expliquer et corriger.
L’audience, suspendue après les premières présentations, a été renvoyée au 11 février 2026 pour les réquisitions du parquet et les plaidoiries des avocats de la défense. Ce délai laisse présager des débats nourris sur la responsabilité des uns et des autres, et sur le parcours de ces centaines de millions disparus. Le verdict du PPEF sera attendu comme un signal fort de la détermination des autorités à lutter contre la délinquance financière sophistiquée, même lorsqu’elle naît au sein des institutions réputées les plus sécurisées.



