BANDAR ABBAS, Iran — Le ciel s’est fendu en deux à 10h17 ce samedi matin. Une déflagration sourde, suivie d’un souffle dévastateur, a arraché deux étages d’un immeuble résidentiel de huit niveaux dans le port stratégique de Bandar Abbas. Des gravats pulvérisés. Des voitures tordues comme des jouets. Des commerces réduits à des carcasses fumantes. Et au milieu des décombres : le silence assourdissant de l’inconnu. Qu’est-ce qui a explosé ? Et surtout : qui ?
Scène de chaos au cœur du corridor pétrolier mondial
Alors que des colonnes de fumée noire s’élevaient vers le ciel du Golfe, les équipes de secours iraniennes se ruaient sur les lieux, pioches et détecteurs de vie en main. L’explosion — d’origine encore « inconnue » selon la télévision d’État — a soufflé la façade du bâtiment comme du papier, projetant des débris à plus de 50 mètres à la ronde. Quatre membres d’une même famille ont péri sous les gravats. Une mère et son enfant de trois ans ont miraculeusement été extraits vivants des ruines, couverts de poussière et de sang.
« Des blessés ont été transférés d’urgence à l’hôpital », a confirmé l’agence officielle IRNA. Mais tandis que les pompiers luttaient contre les derniers foyers d’incendie, les réseaux sociaux iraniens s’embrasaient d’une rumeur terrifiante : « Un général des Gardiens de la Révolution a été assassiné ! » L’agence Fars, proche des forces de sécurité, a dû intervenir en urgence : démenti catégorique. Le général Alireza Tangsiri, chef de la marine des Pasdaran, est « sain et sauf », a-t-elle tranché. Les bâtiments militaires de la province d’Hormozgan n’ont « pas été visés », ont ajouté les Gardiens dans un communiqué glaçant de précision.
Le spectre de la guerre plane sur le détroit d’Ormuz
L’explosion frappe à un moment où les nerfs sont à vif dans tout le Moyen-Orient. Depuis des semaines, Donald Trump multiplie les menaces publiques contre Téhéran, déployant une « armada » de porte-avions et de destroyers dans les eaux du Golfe. Le port de Bandar Abbas — situé à quelques encablures du détroit d’Ormuz, ce goulot d’étranglement par lequel transite 20 % du pétrole mondial — est devenu l’épicentre d’une tension prête à exploser.
Coincidence ? Provocation ? Accident industriel ? Les autorités iraniennes, par la voix de Mehrdad Hassanzadeh, directeur de la gestion des crises de la province, ont ouvert « une enquête immédiate ». Mais dans les rues de la ville portuaire, les murmures courent plus vite que les sirènes des ambulances : « Les Américains ? Les Israéliens ? Un stock de munitions mal entreposé ? » Personne n’ose trancher. Tous redoutent l’impensable : que cette explosion devienne l’étincelle qui embrase le Golfe.
Quand les rumeurs deviennent des armes
En quelques minutes, les réseaux sociaux ont transformé un drame civil en crise sécuritaire. Des vidéos amateurs montrant la façade éventrée de l’immeuble ont été détournées, légendées « attaque contre les Pasdaran ». Des comptes anonymes ont affirmé que le général Tangsiri avait péri dans l’attentat. Une désinformation classique — mais redoutable — dans un pays où la méfiance envers les ennemis extérieurs est un réflexe d’État.
Téhéran, rompu à ce jeu depuis des décennies, a réagi avec une rapidité chirurgicale : démentis officiels, communiqués coordonnés, sources « informées » citées par les médias locaux. Un ballet médiatique destiné à contenir la panique… et à éviter que Washington ne profite du chaos pour justifier une frappe préventive. Car dans ce jeu d’échecs géopolitique, chaque explosion non expliquée est une pièce qui bouge sur l’échiquier.
Le prix humain derrière le bruit des armes
Pendant que les stratèges comptent les navires de guerre dans le Golfe, les secouristes iraniens déblayaient encore les décombres ce samedi après-midi. Sous les gravats, des jouets d’enfant. Une photo de famille calcinée. Les restes d’un quotidien brisé en une seconde.
L’immeuble détruit n’abritait pas de base militaire. Pas de centre de commandement. Juste des familles. Des commerçants. Des vies ordinaires prises dans l’engrenage d’une crise qui les dépasse. Alors que le monde retient son souffle en scrutant les mouvements de la flotte américaine, Bandar Abbas pleure ses morts — et attend une vérité qui tarde à émerger des ruines.



