Une annonce choc a retenti sur l’ORTM ce mardi soir, plongeant des millions de Maliens dans l’incertitude. Confronté à un embargo total sur les importations de carburant imposé par le Jnim (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans) depuis septembre dernier, le gouvernement de Transition a sorti l’artillerie lourde : un rationnement numérique et contraignant du précieux liquide. Une mesure présentée comme une solution miracle, mais qui ressemble à un pari risqué dans un pays en guerre, rongé par les coupures d’électricité et où l’État peine à assurer sa souveraineté.
Le dispositif : Une traçabilité digne d’un roman d’anticipation
Finies les queues interminables et les bidons en contrebande ? Le gouvernement en fait le serment. Désormais, chaque passage à la pompe sera surveillé, traqué, enregistré. Le scénario est le suivant :
Pour votre voiture : Après un plein, vous devrez attendre 72 heures avant de pouvoir en refaire un. Votre plaque d’immatriculation sera photographiée.
Pour votre moto : Le délai est fixé à 48 heures. La vignette sera scrutée.
L’élément clé ? Une « application web » mystérieuse dans laquelle le pompiste devra enregistrer vos données pour un suivi « en temps réel ». Le but affiché : « limiter les achats excessifs et asphyxier les circuits de vente illicites » qui prospèrent sur les détournements de camions-citernes, pourtant protégés par des escortes militaires.
La fracture numérique : Quand l’État exige une connexion 4G dans un pays plongé dans le noir
Sur le papier, le plan semble imparable. Sur le terrain, il se heurte à une réalité implacable. Comment appliquer un système 100% numérique et connecté dans un pays où :
Les coupures de courant peuvent durer des jours, rendant les téléphones et les réseaux muets ?
Des milliers de motos circulent sans plaque ni vignette, échappant à tout contrôle ?
De nombreuses stations-service, surtout en zone rurale, n’ont ni smartphone fiable, ni accès internet stable ?
RFI, qui a révélé les failles du système, souligne que le ministère de l’Industrie et du Commerce n’a même pas déclaré de date de lancement pour ce dispositif encore « virtuel ».
Les Maliens au pied du mur : La vie à l’heure du chronomètre
« C’est une mesure de bureau qui n’a pas vu le terrain », lâche un économiste à Bamako. L’impact sur le quotidien promet d’être brutal :
Fin des « petits pleins » : Pour des raisons financières, la majorité des Maliens font le plein pour 2000 ou 3000 FCFA. Ce sera désormais impossible. Il faudra payer la totalité d’un réservoir complet à chaque passage.
Les taxis, les transporteurs, les ambulances : Comment travailler avec un chronomètre qui bloque le ravitaillement ?
Les longs trajets : Voyager de Kayes à Gao ? Un véritable parcours du combattant, à calculer au jour près sous peine de tomber en panne sèche.
Pire encore : nombreux sont ceux qui redoutent que cette mesure, loin de tuer le marché noir, ne le dope à mort. La tentation du contournement, de la falsification de plaques ou de la corruption des pompistes devient immense. L’effet pourrait être exactement inverse à celui recherché.
Contexte sinistre : Otages et embargo, la double pression du Jnim
L’annonce du rationnement n’est pas tombée par hasard. Elle intervient dans un climat de pression maximale exercée par le Jnim. Le même jour que la Fête de l’armée, où le Général Assimi Goïta rendait visite à des soldats blessés, le groupe djihadiste a diffusé une vidéo glaçante montrant huit nouveaux otages – sept militaires maliens et un civil – enlevés fin décembre.
Un message clair : malgré les discours de souveraineté et les escortes militaires, l’embargo sur le carburant, arme de guerre économique redoutable, étouffe littéralement le pays. Le rationnement est la réponse de l’État à cette asphyxie. Une réponse technologique et autoritaire à une crise sécuritaire et logistique.
La question qui brûle toutes les lèvres à Bamako, à Kayes, à Mopti : Le Mali est-il prêt à basculer dans l’ère du carburant tracé et rationné ? Ou bien cette application, aussi virtuelle que les promesses de stabilité, va-t-elle se briser sur les réalités d’un pays en lutte pour son existence même ?
Une chose est sûre : le compte à rebours pour la population a commencé. À quand la première panne généralisée ?



