La disparition du général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, a été officiellement confirmée ce dimanche, au lendemain d’une offensive coordonnée et meurtrière qui a frappé plusieurs villes du pays le 25 avril. Pour la transition de Bamako, le choc est autant stratégique que symbolique.
Selon de multiples sources sécuritaires, l’homme fort de l’appareil militaire malien a été tué lors d’un assaut ciblant directement sa résidence à Kati, fief historique de la junte, à quelques kilomètres de la capitale. L’attaque, attribuée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), a été menée par un véhicule piégé conduit par un kamikaze. La violence de la déflagration a réduit le domicile en ruines, ne laissant que des décombres là où se dressait, quelques heures plus tôt, le quartier général officieux du stratège de la transition.
Ce coup de force s’inscrit dans une offensive synchronisée du JNIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA), qui a visé simultanément plusieurs bastions régionaux. En frappant Sadio Camara, les groupes armés n’ont pas seulement cherché à éliminer un haut responsable : ils ont voulu envoyer un message sans équivoque à Bamako, en plein lancement de sa grande campagne de reconquête territoriale.
Un pilier de la ligne dure
Architecte de la doctrine sécuritaire de la junte, Sadio Camara incarnait une orientation intransigeante qui a profondément redessiné les alliances du Mali. C’est sous son impulsion que les forces occidentales, en tête desquelles l’opération française Barkhane, ont été priées de quitter le pays pour laisser place aux mercenaires russes de Wagner, récemment réorganisés sous la bannière Africa Corps.
Ancien directeur du Prytanée militaire de Kati (PMK), il avait progressivement tissé sa propre toile, plaçant ses fidèles aux postes clés de la haute hiérarchie militaire et du gouvernement. Sa montée en puissance était telle qu’il était devenu l’un des piliers incontournables du régime, au point de faire émerger des tensions latentes avec le colonel Assimi Goïta, qui conservait la gouvernance politique globale.
La trajectoire de Camara était marquée par un pivot précoce vers Moscou. Alors qu’il avait initialement concouru pour intégrer une école de guerre étrangère occidentale, son classement l’avait orienté vers la Russie. Fin 2019, il s’était envolé pour un cycle de trois ans : une année d’apprentissage linguistique suivie de deux années d’instruction militaire. Le putsch de 2020 avait interrompu sa formation, mais pas son ascension.
L’opération « Dougoukoloko » en point d’interrogation
En avril dernier, le général avait justement lancé l’opération « Dougoukoloko » (« Reconquête du territoire »), une campagne ambitieuse dont le mot d’ordre était clair : ne plus jamais laisser le Mali être humilié ou fragilisé par les groupes armés. S’appuyant sur un cercle restreint d’officiers triés sur le volet, réputés pour leur loyauté et leur sens tactique, la stratégie visait à intensifier la traque jihadiste dans des zones névralgiques comme Tombouctou, Kidal ou Gossi, tout en rétablissant l’administration étatique.
La mort de Sadio Camara dans les attaques du 25 avril, revendiquées conjointement par le JNIM et le FLA, porte un coup sévère à cette dynamique. Pour la junte, le défi est désormais double : identifier un successeur capable de maintenir la cohésion militaire, et répondre à un ennemi qui a démontré sa capacité à frapper au cœur même du dispositif sécuritaire. Dans un Sahel en pleine recomposition, cette disparition marque un tournant dont les répliques se feront sentir bien au-delà de Kati.
Source: Jeune Afrique



