Kaloum, Conakry, 10 février – La capitale guinéenne a vécu ce samedi des heures de terreur. Des tirs nourris ont retenti en plein jour aux abords de la Maison centrale de Coronthie, le plus grand pénitencier de Guinée, plongeant le centre-ville de Kaloum dans la panique et conduisant à un blocage sécuritaire temporaire. Le cœur de Conakry s’est transformé en forteresse pour une opération aux allures de coup de force : l’enlèvement ciblé d’un prisonnier de haut vol, Toumba Diakité.
L’ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, condamné en 2022 à dix ans de prison pour sa participation dans le massacre du 28 septembre 2009 – un des épisodes les plus sombres de l’histoire guinéenne –, a été extrait manu militari de sa cellule. Selon des informations concordantes rapportées par Jeune Afrique, les Forces spéciales, placées sous l’autorité directe du président de la Transition, le colonel Mamadi Doumbouya, seraient les auteurs de cette intervention spectaculaire et violente.
Une opération qui tourne au règlement de comptes
Les faits sont d’une brutalité saisissante. Des sources sécuritaires et pénitentiaires indiquent que les assaillants, déterminés, ont fait face à une résistance inattendue : d’autres détenus, tentant de s’interposer pour protéger – ou peut-être empêcher – l’enlèvement de Diakité. Les échanges de tirs ont fait plusieurs blessés par balle parmi les prisonniers, ajoutant une dimension sanglante à ce qui ressemble à une extraction forcée.
Cet assaut n’est pas le premier du genre. Une première tentative avait échoué dès le 8 février, révélant une détermination sans faille et mettant en lumière l’extrême sensibilité du dossier Diakité. Pourquoi un tel acharnement sur ce détenu particulier ?
Du cachot à la candidature : l’ascension politique dérangeante de Toumba Diakité
La réponse se niche peut-être dans la métamorphose politique de l’ancien militaire. Depuis sa cellule à Coronthie, Toumba Diakité n’a pas renoncé à l’arène publique. Il a fondé un parti politique, le Parti démocratique pour le changement (PDC), et, fait inédit, s’était déclaré candidat à l’élection présidentielle de 2025. Une candidature qui, bien que rejetée par la Cour suprême en raison de son inéligibilité liée à sa condamnation, a démontré sa capacité à mobiliser et à troubler le jeu politique depuis sa prison.
Son enlèvement brutal soulève ainsi une tempête de questions. S’agit-il d’une mesure de sûreté exceptionnelle décidée par le pouvoir transitionnaire face à un individu jugé trop influent ou dangereux ? D’un règlement de comptes lié aux sombres heures du régime de la junte de 2008-2009 ? Ou d’une manœuvre pour neutraliser un potentiel fauteur de trouble électoral à l’approche d’une présidentielle cruciale ?
Le silence assourdissant des autorités
À l’heure où nous publions, les autorités guinéennes restent muettes. Aucun communiqué officiel n’est venu expliquer les raisons de cet assaut, son bilan exact, ou la localisation actuelle de Toumba Diakité. Ce silence alimente toutes les spéculations et les craintes dans une Guinée en pleine transition, où la réconciliation nationale et le traitement du passé restent des chantiers fragiles.
Un fait est certain : les fantômes du 28 septembre 2009, ce jour où des centaines de manifestants avaient été froidement abattus et des femmes violées dans un stade de Conakry, n’ont jamais cessé de hanter le pays. Avec l’enlèvement spectaculaire de l’un de ses principaux acteurs condamnés, ils reviennent en force sur le devant de la scène, dans un bruit d’armes automatiques et un épais brouillard politique. L’affaire Diakité est loin d’être close ; elle entre même dans une nouvelle phase, plus opaque et plus violente que jamais.



